IZANY NO ANAY!
17.01.2009
« Crise dans le régime ou crise du régime? »
André Rasolo. Ancien diplomate, professeur de science politique, analyse le contexte brûlant actuel.
Midi-Madagasikara: L'affrontement entre le régime Ravalomanana et la mairie de Tanà va-t-il virer à une crise?
André Rasolo: « Si on ne le gère pas, il peut effectivement tourner autrement. A partir de la fermeture de sa télévision, le maire d'Antananarivo a donné une dimension nationale à ses revendications autour de la défense de la démocratie et de la liberté. Sommes-nous en face d'une crise dans le régime ou d'une crise du régime ou les deux à la fois? Une crise dans le régime se limite à des problèmes internes entre les dirigeants. Une crise du régime démontre l'usure d'un pouvoir à bout de souffle. Ne prenons pas des conclusions à la hâte sans bien mesurer le rapport de forces qui évolue à tout moment, au moindre fait nouveau ».
Midi: Le dialogue est-il impossible au stade actuel entre le régime et l'opposition?
A.R: « Il est curieux de constater que ceux qui souhaitent le dialogue, parlent beaucoup mais n'aiment pas écouter. Cette attitude entraîne au moins deux conséquences. Primo, les dirigeants ne répondent pas aux questions qu'on leur pose mais donnent des réponses aux questions qu'on ne leur pose pas. Voyez la séance extraordinaire des parlements pour amender la Constitution. Pour le pouvoir, l'urgence est là mais pas ailleurs. Secundo, la capacité d'absorption critique des dirigeants diminue de jour en jour. Une critique, fût-elle minime, prend une proportion dramatique. Les dirigeants deviennent extrêmement susceptibles. C'est un cercle vicieux de blocage au dialogue ».
Midi: En tant qu'observateur spécialisé des élections, avez-vous des remarques à faire?
A.R: « En 2001, avant les élections présidentielles, le FFKM a proposé un nouveau code électoral. Il a été rejeté par l'Arema qui, à l'époque, régnait en seul maître dans le pays. Plusieurs dirigeants actuels étaient avec moi pour rédiger ce nouveau code électoral. Je ne comprends pas pourquoi une fois au pouvoir, ils refusent eux aussi à le voter. La sociologie électorale malgache nous apprend que chez nous, on préfère voter contre pour sanctionner. On a, par exemple, voté contre l'amiral en 2001sans tellement connaître son adversaire. De même en 2007, par le même phénomène, Andry TGV a été élu maire de la capitale ».
recueillis par Dominique R.


